Logo H3Campus

Je recherche...

Alternance vs initial : une approche empirique

< Retourner sur le blog

Publié par Nicolas Braguier - Le 03 / 10 / 2019


La question est souvent posée: « c’est quoi le mieux entre faire un BTS en alternance et un BTS en initial ? ».

 

Ici et là, les réponses entendues sont pour le moins caricaturales : « l’alternance, c’est mieux car le métier c’est en entreprise qu’on l’apprend » ; « l’initial est bien meilleur, il y a de meilleurs résultats, on sait que l’alternance c’est pour les nuls... ».


Tout circule ou à peu près sur les bonnes raisons qu’il y a à choisir l’un ou l’autre de ces modes de formation. Et généralement, il suffit de demander à votre interlocuteur quel type de formation il a suivi pour connaître son avis sur le sujet... J’ai toujours été extrêmement surpris de constater que quelques professeurs du secondaire dénigraient avec force l’alternance auprès de leurs élèves, sans s’interroger sur l’efficacité du modèle qu’ils prônaient et qui, on le sait, envoyaient des dizaines de milliers d’étudiants s’échouer sur les bancs de l’Université.

 

La bonne adéquation entre les formations, les modes d’apprentissage et les personnalités des étudiants ne peut qu’inciter à la multiplicité des modèles, et l’humilité est de mise quand il s’agit d’apprendre.
Les mentalités évoluent cependant et l’on peut aujourd’hui s’essayer à comparer les avantages et inconvénients des deux systèmes sans craindre d’être soupçonné de vouloir favoriser l’un plutôt que l’autre.

 

DÉFINITION

 

La formation dite en alternance implique une alternance entre des journées de travail au sein d’une entreprise et des journées de formation en établissement type lycée ou centre de formation. Pour des formations telles que le BTS, l’alternance se fait généralement sur un rythme 2 jours école/3 jours entreprise ou 1 semaine école/1 semaine entreprise (1). L’alternance implique un 1 contrat de travail, le plus souvent un CDD : soit un contrat de professionnalisation, soit un contrat d’apprentissage. L’apprenant a donc un statut de salarié.

 

La formation en initial ou aussi appelée classique implique de suivre un rythme scolaire peu ou prou identique à celui qu’on trouve dans le secondaire, avec des périodes de vacances et un stage obligatoire (entre 5 et 8 semaines par an selon les types de formation). Le statut est dit scolaire.
Sur les deux ans, le nombre d’heures d’enseignement se situe entre 1100 et 1200 heures en alternance, et 1200 et 1500 heures en initial.

 

MODE D’APPRENTISSAGE

 

Contrairement à l’idée reçue, la formation en alternance peut être plus exigeante scolairement. En effet, travailler en parallèle dans une entreprise implique naturellement que l’on consacre moins de temps au scolaire. Ainsi le temps passé en cours et chez soi pour le travail personnel doit être optimisé. En initial, les apprentissages en cours peuvent être plus détaillés et la récurrence plus rapprochée des matières facilite la mémorisation.


Un bachelier sans aucune expérience professionnelle ni savoir théorique sur la formation choisie aura peut-être plus intérêt à s’orienter vers l’initial (ex : un Bac ES pour un BTS Services Informatiques aux Organisations), et à l’inverse un bachelier choisissant une formation dans la continuité de son bac (ex : un Bac Pro Services Numériques pour le même BTS) pourra préférer l’alternance.
Mais rien de définitif. Une des forces de l’alternance est la mise en pratique, l’application en entreprise de la théorie vue en cours.

 

Ainsi, avec la disparition du Bac Pro Comptabilité(2), un bac S s’avérera rapidement opérationnel en alternance et suivra sans trop de difficulté sa scolarité, pour peu qu’une entreprise accepte de le former. Ce va-et-vient entre compétences théoriques et pratiques bénéficie grandement à la professionnalisation des étudiants. On pourrait penser par ailleurs que les bacs technologiques, avec leur spécialisation, sont prédestinés à l’alternance, mais leur manque d’expérience professionnelle rebute souvent les entreprises.


Et c’est là souvent que le système achoppe. La majorité des étudiants issus d’un parcours scolaire que l’Education Nationale considère moyen, se projettent facilement dans l’alternance, en méconnaissant la charge de travail personnel, et n’envisageront l’initial que par défaut, dans la mesure où ils n’auront pas trouvé d’entreprise. Le choix donc est imposé et dans les faits, c’est finalement l’entreprise qui oriente ce choix. Et quand il s’agit d’apprendre, de retenir, d’être motivé pour sa future carrière professionnelle, un choix imposé n’est pas un bon choix.

 

D’autant qu’à l’inverse les établissements proposant l’initial développent généralement des parcours complémentaires au cursus de formation, comme des remises à niveau, des semaines d’intégration, des préparations à des examens type TOEIC ou Concours Passerelle, des cours de deuxième langues vivantes, des ateliers divers - du jeu d’entreprise au concours de projets en passant des mini-conférences de professionnels. C’est une chance et une belle opportunité pour les étudiants d’éveiller leur curiosité et leur intérêt pour l’apprentissage au sens large, et il serait dommage qu’ils y viennent avec un a priori négatif.

 

POURSUITE D’ÉTUDES 

 

Nombreux sont les jeunes qui, une fois le BTS en poche, se rendent compte à la fois que leur goût pour les études n’est pas altéré (il est même parfois révélé), et que le marché du travail dans certaines filières est plus exigeant en terme de formation (ou est-ce le niveau des formations qui a baissé? C’est un autre débat...). Dès lors, pourquoi ne pas continuer? Il est certain qu’un étudiant avec un BTS MCO(3) effectué en initial, concurrencé par l’expérience des alternants, aura tout intérêt à poursuivre sur une licence professionnelle ou un titre certifié afin d’accroître son employabilité et prétendre à des postes en responsabilité. Il est naturel pour un BTS CG(4) en alternance de mettre à profit ses connaissances et son expérience avec une poursuite en DCG, puis DSCG(5) et filer vers l’expertise comptable pour les plus tenaces. Mais il est vrai qu’un BTS NDRC ou PI(6) en alternance trouvera rapidement à mettre en avant ses qualités commerciales auprès d’entreprises désireuses de commerciaux opérationnels. Les poursuites d’études ne sont pas conditionnées par le choix en amont de l’initial ou de l’alternance, mais là encore par la réalité du marché du travail. Reconnaissons cependant que les entreprises sont plus qu’hier attentives à l’expérience professionnelle engrangée durant les études et que l’alternance se voit donc grandement valorisée.

 

COÛT

 

Alors que les coûts de formation des grandes écoles de commerce comme des petites augmentent, pour ne pas dire explosent, année après année, oscillant ainsi entre 10 000€ et 15 000€ l’année(7), et que le secteur formation se marchandise de plus en plus, poussant ses acteurs à se regrouper, il n’est pas inintéressant de s’arrêter sur les coûts induits par le choix de l’alternance ou de l’initial.

 

Clairement, la formation a un coût, direct ou indirect. On dira que dans les lycées publics, ce coût de l’initial n’est pas directement supporté par l’étudiant lui-même, mais par la collectivité. Dans le privé, l’étudiant engage son argent ou celui de ses parents à une hauteur moyenne de 5000€ l’année. En alternance, les coûts pédagogiques sont pris en charge par les OPCO(8), et l’étudiant salarié se voit rétribuer par son entreprise d’accueil pour le travail effectué en son sein un pourcentage du SMIC, qui varie selon l’âge, l’année de formation ou l’origine du bac.

 

Mais là encore, un choix réel est-il possible ? Entrer « gratuitement » dans un lycée public après une sélection Parcours Sup, indispensable mais forcément arbitraire, ne relève-t’il pas d’un déterminisme social où la sélection a commencé bien avant la Terminale ? Est-il facile de financer ses études dans le privé pour une catégorie d’étudiants dont les familles sont déjà à la peine dans  un secondaire non payant? Trouver une entreprise (et la conserver) n’est-il pas un parcours du combattant qui décourage nombre de prétendants ? Évidemment. Je dois cependant me contredire aussitôt, ayant rencontré des parcours qui forcent l’admiration. Du jeune cumulant deux petits boulots pour financer sa formation euro après euro à celui qui pendant six mois et après vingt entretiens d’embauche infructueux décrocha son premier poste au vingt et unième.

 

PROFIL

 

La tentation est grande de résumer un parcours de formation à la formule « quand on veut, on peut », lorsque qu’on sait combien le hasard de la naissance et son corollaire social influe sur le destin d’un individu. Pour autant, je ne connais que des histoires particulières et la plupart sont de belles histoires, ancrées dans le désir de réussite. J’ai souvenir d’une jeune ayant validé un Bac Pro Couture, rejetée par nombre d’écoles, souhaitant faire un BTS Communication où la majorité des élèves sont issus de bacs généraux, qui, suffisamment convaincante, intégra cette section avec une entreprise qui lui fit confiance. Elle termina major de sa promotion et poursuivit avec succès ses études en alternance.

 

Tout le monde au sortir du bac n’est pas prêt à s’intégrer dans une entreprise avec ses contraintes et ses exigences. Et il peut être judicieux de gagner en maturité pendant une première année en initial avant de basculer en alternance en seconde année pour une formation BTS. Je constate que les parcours légèrement sinueux font de bons profils pour l’alternance. Untel, après une année de Droit en Université n’est pas parvenu à se projeter dans un cursus à cinq ans, et a trouvé avec le BTS Notariat de quoi conjuguer son goût pour le juridique et le concret d’un métier. Un autre, après avoir hésité et s’être laissé tenté par le sport, puis par la psychologie, après avoir travaillé sur les marchés avec son père, a découvert, au détour d’un énième petit boulot, que travailler dans l’immobilier correspondait à ses attentes et a suivi un BTS Professions Immobilières avec succès.

 


Quoi qu’il en soit, commencer des études supérieures demande une attitude d’esprit sinon différente du secondaire, du moins suffisamment mature vis-à-vis de son engagement à la poursuite d’études. La scolarité n’étant plus obligatoire, le rite du Bac étant passé, il faut désormais s’interroger sur le pourquoi et le comment : quels sont mes objectifs à court moyen terme en visant cette formation? (Obtenir un diplôme, présenter un concours après le diplôme, travailler pour une entreprise précise, s’installer à l’étranger, gagner de l’argent...) Quels sont les moyens que je mets en oeuvre pour atteindre ces objectifs? (Temps consacré au travail personnel, attitude en cours, hygiène de vie, ...) Ceux qui sont en mesure de répondre en amont ou pendant leur formation à ces questions n’éprouvent généralement pas de difficultés dans leur apprentissage.

 

CONCLUSION

 

On le voit, les arguments en faveur de l’alternance ou de l’initial se retournent aisément selon l’origine du bac, les connaissances acquises et la motivation du jeune. On ne dirait jamais assez que la volonté qui préside au choix de la formation rend possible toute configuration.


Motivation, détermination, soif d’apprendre, de vouloir réussir, quel que soit le sens que l’on attribue au mot réussite, sont autant d’atouts qui permettent de mener à bien un projet scolaire et professionnel. L’alternance et l’initial ne sont après tout que des moyens parmi d’autres pour y parvenir.

 

 

(1) Pour ma part, je privilégie l’alternance 2j/3j car elle implique une régularité plus grande dans l’apprentissage.

(2) Regrets éternels : la suppression du Bac Pro Comptabilité a fortement déstabilisé le secteur. L’option comptabilité 2 proposée au Bac Pro Gestion Administration (2h tous les 15 jours) n’existe pas loin s’en faut dans tous les établissements et quand c’est le cas, elle est rarement choisie. Conséquence : les besoins comptables dans les entreprises ne sont pas couverts et ces dernières hésitent à prendre des étudiants sans aucune connaissance comptable. Elles se rabattent sur des formations Bac + 3 et plus là où un BTS CG issu de BP Compta suffisait largement. 

(3) Management Commercial Opérationnel. Anciennement MUC (Management des Unités Commerciales)

(4) Comptabilité et Gestion

(5) Diplôme de Comptabilité et de Gestion, Diplôme Supérieur de Comptabilité et de Gestion

(6)  NDRC : Négociation et Digitalisation de la Relation Client. PI : Professions Immobilières

(7) On pourrait certes arguer qu’on est encore loin des tarifs proposés par les Universités américaines, mais la disparité est grande parmi ces dernières (entre 20000$ et 80000$), et surtout l’offre de services et d’infrastructures est bien différente, certaines incluant le logement et même les repas.

(8) Organismes de Compétences (anciennement OPCA) qui jusqu’en 2021 (ce sera l’URSSAF après) mutualisent les fonds de la contribution unique à la formation et à l’alternance auprès des entreprises (anciennement taxe d’apprentissage) et reversent les frais pédagogiques aux organismes de formation.


Commentaires